Arrêtez

de faire « avec » !

Decidez plutot

de faire « sans » !

Michel est stressé parce qu’il sent qu’à son boulot, ça va mal.

Un cas d’école sur le circuit des émotions

Appelons le Michel.
Michel ne va pas bien.
Il a au compteur presque trente ans de carrière dans son entreprise.
(Le mot carrière est un mot oublié qui ne compte que pour ceux pour qui cela a compté, un jour, avant tout ça, avant le bug de l’an 2000).
Bref, avant quoi !

L’année dernière ils ont commencé à écrémer. Beaucoup d’explications, pas beaucoup de vision.
Il n’a pas questionné plus que ça. Après tout, ses chiffres parlent pour lui. Enfin, ils parlaient.

Cette année, c’est son tour.
Il faut qu’il accepte de nouvelles conditions.
La période est difficile pour tout le monde.
Même pour les actionnaires il paraît.

Il se dit qu’il fera avec. Que ses chiffres parlent pour lui. Sans compter sa carrière…
La nuit, il se parle à lui-même et le flot d’émotions qui lui dérobent son sommeil n’a pas de nom, c’est juste un flow. Il faut faire avec.
Alors il se dit qu’il fera avec.

Parfois, il se prend à rêver ! Ils vont bien se rendre compte de qui il est.
Après tout, ses chiffres parlent pour lui et puis en plus, il vient de rentrer un nouveau contrat, énorme, dans la durée. Ils ne pourront pas lui prendre ça !
Et pourtant, encore une fois, la nuit, le flot d’émotions remonte. C’est si fort qu’il commence à les nommer :

  • le dégout, et l’écœurement qui l’accompagne,
  • la colère et son alliée, la frustration,
  • la peur qui s’écoule comme un torrent et qu’il ne veut pas nommer.

Alors il dit qu’il fera avec !

Il se dit encore une fois qu’il faudra bien qu’il fasse avec.
Et il se trompe !

Il ne s’agit plus de faire avec. Il s’agit de se préparer à faire sans.

Faire avec, signifie de garder en soi ce qui fait mal et… eh bien, faire avec.

Décider de se préparer à faire sans, passe par un circuit émotionnel[1] inévitable et à terme salvateur.

D’abord accuser le coup et s’autoriser à accueillir la tristesse.
C’est bien normal de ressentir de la colère devant les obstacles nouveaux.
C’est tout aussi normal de ressentir du dégoût devant l’inhumanité de ceux qui justifient l’inhumain et s’offrent à eux-mêmes le pardon.

Seulement voilà, pour reprendre le contrôle du véhicule, il faudra d’abord se préparer à faire sans.

  • Sans ce que nous avions et n’aurons plus.
  • Sans ce que nous pensions nous être dû (car dans le fond rien n’est dû).
  • Sans le fruit de promesses que nous nous étions faites à nous-mêmes.

L’émotion clé est ici bien sûr le chagrin[2] à accueillir, éprouver, puis exprimer.

Le chagrin, pour quoi faire ?

La perte de qui compte et comptait pour nous est une cause de souffrance.

D’abord souffrance physique, lorsque la vue se brouille, l’estomac se noue, la gorge s’assèche.
Ensuite souffrance psychologique, lorsque les pensées délétères, mortifères, et l’image de soi descend au plus bas.
Pour finir, souffrance spirituelle lorsque la confiance et l’espoir s’éteignent.

La perte est une douleur, et elle ne diminuera qu’une fois nommée et évoquée. La tristesse en est le signal d’alerte. C’est donc une alliée et non la cause de la souffrance. Michel accuse le chagrin de la douleur qu’il ressent, alors qu’il ne fait pas ce qu’il faut pour diminuer la douleur… parce qu’il croit qu’il vaut mieux faire avec.

Quel est le circuit émotionnel à emprunter pour sortir de cet état de douleur ?

Les Anglais ont un mot unique pour les deux manières d’expulser la douleur liée à la perte : le verbe to cry qui se traduit à la fois par pleurer et par crier.

Alors Michel, tu sais par où commencer :

Prends d’abord le temps de nommer les choses que tu n’as plus, celles que tu n’auras plus et ne cherche pas à les retenir, ne cherche pas à faire avec leur absence.
Laisse-les partir.
Décide de te préparer à faire sans elles.

Je ne sais pas te dire combien de temps, combien de cris ou de larmes seront nécessaires pour évacuer la perte. Parfois moins qu’on ne l’imaginait et parfois tellement plus.
Prends ton temps. Te dis-je.

Je le répète. Tu ne dois rien à personne et tu as le droit de prendre le temps de faire ton deuil.
Tu sauras que le moment est venu de passer à l’étape suivante parce que ton cerveau émotionnel (on l’appelle limbique dans les salons experts) va te récompenser de ta décision.

Sais-tu comment ton cerveau limbique va te récompenser d’avoir décidé de faire sans ?

Tu vas commencer à ressentir un état particulier qui se nourrit des racines la joie et qu’on appelle le « Soulagement » !
Si si ! Vas-y, demande à des personnes qui ont pleuré à chaudes larmes ou qui ont poussé un cri du cœur, ils te le diront tous : « Bizarrement, ça fait du bien ! »

Quand tu ressentiras la première vague de soulagement, ce sera le signe que tu es plus léger, délesté d’une partie du poids de cette douleur.
Tu seras bientôt prêt pour l’étape d’après.

Le projet[3], étape décisive du circuit de sortie de la tristesse

Puisque tu es désormais prêt, Michel, à faire sans.
Puisque tu t’es donné la permission d’écrire la suite de ton scénario, délesté de la souffrance liée à la perte, tu peux maintenant te poser la question de Gilbert Bécaud[4] : Et maintenant, que vais-je faire ?

Mais oui, regarde, tu es plus tranquille la nuit pour retrouver ton sommeil, le dégout, la peur et la colère ont perdu un peu de leur superbe puisque l’objet de ta souffrance n’est plus là. Tu as, rappelle-toi, décidé de faire sans.

Sans effort, sans coach ni exorciste thérapeute, voici que tu te poses la meilleure des questions : Et maintenant, que vais-je faire?

Tout est possible si tu as vraiment décidé de faire sans les choses qui de toutes façons ne sont plus là.

Sais-tu comment s’appelle l’émotion moteur de cette question ?
Sais-tu quelle émotion est le déclencheur de la suite de ta vie et de ton nouveau projet ? Je te laisse réfléchir encore une ligne Michel.

C’est la colère. La vraie, la colère saine, notre alliée pour tous nos projet.

La fonction vitale de la colère et de nous alerter de la présence d’obstacles sur nos projets[5].

Répondre à cette alerte, passe par trois questions très simples :

  • Qu’est-ce que je veux ?
  • Qu’est-ce que je ne veux pas ?
  • Qu’est-ce que je ne veux plus ?

Une fois que tu as répondu à ces trois questions, il te reste à te faire savoir à toi-même et aux autres comment tu y réponds.

Devine ce qui se passera si tu fais ça ?
Tu devines ?
Tu ne devines pas ?

Ton cerveau, le limbique encore lui, le cerveau des émotions va, une fois de plus te récompenser avec un état émotionnel génial, lui aussi ancré dans l’émotion joie : La fierté et la confiance en toi.

Tu sais quoi Michel ? Il n’y a rien de magique dans tout cela.
Et on devrait apprendre aux enfants le circuit les émotions. Ils comprendraient beaucoup plus vite que les grands.
J’dis ça… j’dis rien.


[1] Travaux du Professeur John Parr – L’assertivité Émotionnelle – Éditions Dunod 2025

[2] Travaux du Dr Paul Ekman – Emotions Revealed: Recognizing Faces and Feelings to Improve Communication and Emotional Life (Times Books, 2003)

[3] Pensées du philosophe Démocrite – 400 ans Av J.C.

[4] Poète et chanteur, 2ème partie du XXe siècle

[5] Encore les travaux d’Ekman